Les tribulations d’une Palestinienne à l’aéroport de Roissy… ou « Aussi difficile de retourner en Palestine que d’en sortir ! »

Deux de nos adhérents ont accueilli la semaine dernière une jeune Palestinienne d’Halhul qui achevait un séjour de 6 mois en France comme Volontaire du service européen et l’ont accompagnée à Roissy. Le passage au guichet d’enregistrement leur a inspiré un petit texte.

S., jeune Palestinienne de Halhul, a passé six mois en France comme VSE (Volontaire du Service Européen) auprès de l’association Romans International . C’est l’association d’échanges culturels Hébron-France qui a organisé son départ dans ce cadre. S. est arrivée en France le 7 septembre 2016 avec un visa de 6 mois courant du 5 septembre 2016 au 5 mars 2017.

Ce visa, délivré par le consulat général de France à Jérusalem, ouvre droit à des entrées multiples en France (à l’exclusion des CTOM, collectivités et territoires d’outre-mer comme la Polynésie française), à l’exclusion de tout autre pays. C’est un visa de type D qui porte les mentions suivantes : « long séjour temporaire » et « dispense temporaire de carte de séjour ».

Le samedi 4 mars 2017, nous avons accompagné S. qui repartait sur un vol Lufthansa Paris-Francfort, puis sur un vol Francfort-Amman, trajet inverse de celui qu’elle avait effectué à l’aller. Au guichet d’enregistrement, les choses n’ont pas été simples et l’employé, par ailleurs tout à fait courtois, a dû faire appel à une collègue spécialiste de la réglementation sur l’immigration.

Le premier point litigieux était que S. n’avait pas de justificatif de voyage de Jordanie en Palestine. Rien ne prouvait donc qu’elle rentrerait bien en Cisjordanie. Par ailleurs, comme elle n’avait pas de visa jordanien, nos interlocuteurs en inféraient qu’elle pouvait être refoulée par les Jordaniens et donc renvoyée à son point de départ, Paris. La compagnie aérienne Lufthansa serait alors dans l’obligation de la ramener à Paris, comme en pareil cas de refoulement.

Au détour des échanges, nous avons pu constater combien nos interlocuteurs étaient ignorants de la situation. C’est ainsi que l’employé du guichet a demandé à S. si elle avait un billet d’avion de Amman à chez elle, ignorant que la Palestine ne dispose d’aucun aéroport sur son territoire, a fortiori d’aéroport international, et que le seul point d’entrée et de sortie pour les Palestiniens est le Pont Allenby.

Le deuxième point litigieux a été le transit par Francfort. En effet, le visa délivré par le consulat de France ne permettait pas à S. d’entrer dans les autres pays de l’espace Shengen. D’après nos interlocuteurs, S. passerait le contrôle de l’immigration à Francfort et pourrait être refoulée et donc, là encore,ramenée par Lufthansa à son point de départ.

Nous avons passé environ une heure au guichet d’embarquement et l’histoire s’est bien terminée puisque les employés Lufthansa de Roissy ont fini par délivrer à S. ses deux cartes d’embarquement et qu’elle est bien arrivée à Amman. Elle ne semble donc pas avoir été inquiétée à Francfort. Il nous reste à vérifier la question de l’obligation ou non du contrôle de l’immigration dans le cas d’un transit dans l’espace Shengen.

De cette petite histoire, on peut tirer quelques conclusions :

  • les Palestiniens – et sans doute les ressortissants d’autres pays « sensibles » – ont quasi autant de mal à sortir de chez nous qu’à y entrer ; avec l’absurdité qu’il y aurait à refouler éventuellement un Palestinien en France ;
  • les compagnies aériennes, par crainte de devoir ré-acheminer à leurs frais des passagers potentiellement « refoulables », sont très sourcilleuses ;
  • le passager peut toujours être à la merci d’un employé qui fait du zèle, notamment quand, comme S. ou comme nous qui l’accompagnions, il ne connaît pas précisément la réglementation attachée aux différents types de visas ou aux voyages aériens ;
  • on a tout intérêt à bien connaître cette réglementation ;
  • tout se passe comme si les autorités françaises et internationales, aéroportuaires et policières, se conformaient sans ciller aux contraintes de « sécurité » imposées par Israël et les USA relativement aux conditions de voyages aériens, d’autant plus intransigeantes qu’elles concernent des porteurs de passeports rares (l’Autorité palestinienne, sans statut de « pays » classique) ou des ressortissants de pays dits « sensibles ». Malheur, alors, à l’individu seul face à des règlements souvent complexes et clairement discriminatoires.
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