« Pour verrouiller l’avenir : détruire les enfants » par Monique Cerisier ben Guiga

 L’armée d’occupation israélienne en Palestine professe que « la résistance s’estompera quand les Palestiniens auront compris que toute résistance est inutile ». Pour cela, disent les officiers à leurs soldats, il faut leur « brûler l’âme », « marquer les consciences », « faire payer le prix », « empiler les corps », mener des opérations de « harcèlement » ou de « perturbation du quotidien » : arrestations de masse, opérations de nuit dans les villages, perquisitions-dévastation des maisons, arrestations d’enfants, dès 7 ans, à Jérusalem-Est.

Dans cette logique, en effet, les enfants  sont des cibles privilégiées de la répression : il faut briser une partie d’entre eux,  le plus tôt possible, et ainsi intimider les autres. Chaque année, 700 enfants de 12 à 18 ans sont incarcérés en Israël. Leur âge moyen est de 15 ans et la durée moyenne d’incarcération est de 147 jours. En 2015, plus d’enfants ont été soumis à cette violence puisque 860 l’ont été pour la seule Jérusalem, dont 105 âgés de moins de 12 ans.

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L’UNICEF a dénoncé les mauvais traitements infligés à ces enfants. Ils  comprennent « l’arrestation d’enfants chez eux entre minuit et 5h par des soldats lourdement armés, le fait de bander les yeux des enfants et de leur lier les mains par des attaches en plastique », selon le rapport, qui cite également « les aveux forcés, l’absence d’accès à un avocat ou à des membres de la famille pendant l’interrogatoire ». Ils sont isolés, intimidés et selon l’UNICEF, victimes de traitements dégradants : nourriture pourrie, nuits à même le ciment, couverture crasseuse, passages à tabac, attaques par des chiens, viols.

En 2013 l’agence de l’ONU appelait Israël à « faire de l’intérêt de l’enfant une considération primordiale », à s’assurer que les mineurs arrêtés et leur famille soient informés des motifs de leur détention ainsi que de leurs droits dans leur langue, c’est-à-dire en arabe. Elle exhortait en outre à limiter au strict nécessaire les arrestations nocturnes des mineurs et le fait de les attacher.

Israël a prétendu prendre en considération ces recommandations. Trois ans plus tard, les faits prouvent qu’il n’en est rien. Dans un article publié le 25 décembre 2015 dans le Middle East Monitor, la psychiatre palestinienne Samia Jabr rapporte que « 90% des mineurs incarcérés ont été exposés à des expériences traumatisantes et que 65% d’entre eux ont développé des troubles psychiatriques ». Elle estime que « les arrestations et incarcérations d’enfants sont « une agression contre le corps, la personnalité, le système de valeurs, les espoirs et les rêves des jeunes Palestiniens ». « Leurs parents sont dévalorisés » car ils ont assisté impuissants à leur arrestation et se sentent coupables. Ces enfants ont perdu confiance en leurs amis et voisins. Beaucoup sont incapables de reprendre leur scolarité ou de travailler.

Le film « Derrière les Fronts » qui est actuellement en préparation retracera les chroniques écrites par  Samia Jabr et permettra de faire prendre conscience de ces réalités à un public élargi.

Avec Samia Jabr, dénonçons avec force le fait que « le processus d’arrestation des enfants cible l’avenir de la nation palestinienne ».

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