« Etre enfermé à Gaza », Conférence-débat animée par Amir Hassan, poète palestinien originaire de Gaza

Amir Hassan, Palestinien réfugié à Gaza, âgé de 25 ans, est en France depuis deux ans.

Amir Hassan vient du quartier d’Al Shateh (« la plage »), camp de réfugiés de 90.000 personnes au nord de Gaza-Ville.

Il indique que 75 % des habitants de Gaza sont des réfugiés. Ils bénéficient à ce titre de l’aide des Nations Unies, en particulier d’une assurance-maladie et d’un droit à la scolarité jusqu’à quinze ans. Les réfugiés, qui ne sont pas propriétaires des terres, sont cependant souvent plus pauvres que les « citoyens » (originaires de Gaza).

Les 25 % de citoyens bénéficient pour leur part de l’aide européenne, dont l’entrée est négociée par les Nations Unies.

Amir Hassan souligne la différence de vécu et la séparation entre citoyens de Gaza et réfugiés, entre lesquels le premier contact se fait souvent au lycée.

La surface de la bande de Gaza est de 300 km2, dont 40 km2 de zone tampon confisquée par Israël (à laquelle s’ajoute maintenant une zone tampon égyptienne, où les maisons ont été rasées), où vivent deux millions d’habitants.  La majorité d’entre eux n’est jamais sortie, ne connaît que Gaza. Pour eux, le monde se réduit à Gaza. L’enfermement est ancré dans la mentalité des gens de Gaza, qui ne peuvent imaginer le monde ni une vie sans guerre, dont le quotidien est chargé de violence et de malheur.

La mer est fermée par les navires militaires israéliens. Le ciel est fermé. Gaza n’a pas d’aéroport mais est surveillé en permanence par des drones israéliens.

La période de 1994 à 1998 apparaît rétrospectivement comme « la belle époque », avec l’arrivée de l’Autorité palestinienne, la construction d’infrastructures, de routes, d’hôpitaux, d’école et d’hôtels, le rêve d’un Etat palestinien, mais pour aboutir à l’échec des accords d’Oslo.

Amir Hassan mentionne deux Palestines différentes, qui ne souffrent pas de la même manière : les habitants de Gaza n’ont pas de contacts directs avec les soldats israéliens. On peut sortir de Cisjordanie mais très difficilement de Gaza, qui est une véritable prison

Le passage de Rafah est souvent fermé. Il était en principe ouvert neuf fois deux jours dans l’année. Il existait théoriquement quatre passages commerciaux mais un seul fonctionne. Toutes les marchandises viennent d’Israël et les produits sont chers.

Gaza subit le blocus depuis 2006, avec une liste noire de produits, de nombreux produits interdits.

A la suite du bombardement de la centrale, Gaza souffre des restrictions de l’approvisionnement en électricité, réduit à six heures par jour. Il y a eu des morts à cause des coupures d’électricité dans les hôpitaux. Il arrive que la centrale soit en état de fonctionner mais qu’il n’y ait plus de gas-oil. Des habitants achetaient des générateurs mais le carburant est interdit.

La situation en matière d’approvisionnement en eau est dramatique, en quantité et en qualité, avec une pénurie accrue par la rareté des pluies et la pollution des ressources.

En matière de santé, le blocus touche les médicaments et le matériel médical. Les délais de livraison peuvent être considérables : jusqu’à quatre ans pour un fauteuil roulant. Il y a heureusement des livraisons exceptionnelles par des délégations.

Le secteur éducatif a souffert de destructions d’écoles. Le blocus des matériaux de construction n’a pas permis leur reconstruction. La rentrée scolaire était incertaine mais les classes ont finalement repris, avec trois périodes.

Les maisons n’ont pas été reconstruites. L’argent annoncé pour la reconstruction n’a pas été versé

Aujourd’hui, l’enfermement s’est accentué. Depuis deux ans, personne n’est venu à Gaza. On ne peut plus ni entrer ni sortir. Le rêve de sortir par l’Egypte a disparu. Parvenir à sortir de Gaza soulèverait aussi le problème du retour : Si on sort, comment revenir ?

90 % des habitants de Gaza vivent en dessous du seuil de pauvreté et ne survivent que grâce à l’aide des Nations Unies et de l’Europe mais le pire est l’absence d’espoir, avec une situation politique bloquée.

Amir Hassan conclut en indiquant que Gaza a plus que jamais besoin de solidarité mais que ce n’est pas une question d’argent.

Christiane Hessel ouvre le débat en exprimant sa grande estime pour Amir Hassan. Elle appelle à se mobiliser de nouveau pour Gaza, lieu oublié, où la situation est absolument dramatique.

Catherine Pillet-Bon, du Collectif Malakoff-Palestine, mentionne l’organisation d’une collecte sur plusieurs mois en faveur de l’association « La voix de l’enfant », qui fédère plusieurs associations, dont Nawa pour les arts et la culture, basée à Gaza (1). Elle mentionne également les échanges humains et culturels au titre des ateliers d’« Ecriture en liberté ». Les candidats de Gaza n’ont malheureusement pas pu venir à Paris. Le tome 4 des « Echos de Palestine » est vendu au profit de l’association « Ecriture en liberté ».

Christiane Hessel souligne les qualités de la responsable de Nawa.

Monique Cerisier – Ben Guiga indique que le problème est qu’on ne peut plus rentrer du tout à Gaza, même au titre d’une délégation officielle.

Le blocus s’est renforcé avec la destruction de la partie égyptienne de Rafah et de l’autoroute entre Le Caire et Gaza.

Il existe un risque que Gaza soit oubliée à cause de l’absence de contacts. Gaza est absente des manifestations culturelles. Depuis deux ans, le nouveau Consul de France n’y est venu qu’une fois. L’accès a même été interdit au Ministre suédois des affaires étrangères.

Une participante considère que la France participe au blocus. Une délégation ayant déposé une demande d’entrée par Rafah s’est vue renvoyée vers le Ministère des affaires étrangères, qui a refusé (alors que des Espagnols auraient pu entrer). La politique de la France serait d’interdire aux Français d’entrer à Gaza. Une demande faite au Consulat pour entrer par Erez aurait également été rejetée. Christiane Hessel estime cependant qu’il ne faut pas critiquer le Consulat qui fait le maximum. Elle estime que c’est le Quai d’Orsay qui donne des instructions.

Une adhérente demande si la fermeture est due au Hamas ou si le Hamas n’est qu’un prétexte.

Amir Hassan indique qu’il n’y a pas eu de bombardements de Gaza jusqu’en 2000. De gros bombardements ont commencé alors et ils ont duré jusqu’en 2014. Ils ont commencé avant l’implantation du Hamas.

Il rappelle que les rapports ont toujours été difficiles entre l’Egypte et les Palestiniens. L’Egypte a toujours eu peur d’une implantation palestinienne dans le Sinaï et refuse de prendre en charge la bande de Gaza.

Il estime que la situation de Gaza ne résulte pas d’un manque d’argent : la Palestine n’est pas un pays pauvre. Ce qui manque est le courage politique, vis-à-vis de l’Egypte comme d’Israël.

L’armée égyptienne est subventionnée. Les pays arabes, faibles, divisés, se détestent les uns les autres. La division entre Palestiniens est encouragée. Certains pays financent le Fatah et d’autres le Hamas. Amir Hassan n’attend rien des pays arabes.

Une adhérente se dit surprise par la faiblesse des contacts entre réfugiés et citoyens. Amir Hassan indique à ce sujet que les camps de réfugiés sont physiquement séparés. Il mentionne la différence de statuts entre « propriétaires » et « locataires ». Il souligne que les réfugiés sont attachés au maintien de leurs traditions, de particularismes de leurs localités d’origine. Il signale l’organisation de comités selon l’origine des réfugiés.

Amir Hassan souligne qu’il n’y a plus de classe moyenne à Gaza. Ce sont des gens, pas des héros, qui subissent des bombardements quotidiens depuis quinze ans mais qui s’habituent, une population marquée par la violence mais qui n’est pas dépressive.

Christiane Hessel souligne une spécificité dramatique de Gaza, le seul endroit au monde d’où les habitants ne peuvent pas fuir.

Bernard Ravenel exprime la crainte que la rupture des liens avec la Cisjordanie n’ait des conséquences dramatiques pour l’unité nationale palestinienne. C’est aussi le projet du gouvernement israélien, qui négocie directement avec le Hamas. A plus long terme, le projet israélien est d’annexer la Cisjordanie et de transférer les Palestiniens en Jordanie. Le statut particulier de Gaza s’intègre dans cette vision.

Amir Hassan confirme l’existence de négociations secrètes pour l’ouverture d’un accès à Gaza par l’intermédiaire de Chypre. Il indique que les gens de Gaza veulent vivre. Ils se sentent peu concernés par le statut de Jérusalem ou par le débat entre un Etat ou deux Etats. La priorité absolue pour eux est l’ouverture de Gaza.

Il indique que sa première rencontre avec un Cisjordanien a eu lieu à Paris.

Une participante rappelle l’émiettement de la Cisjordanie, pratiquement coupée en  deux, partagée entre zones A, B et C. Elle souligne qu’on ne vit pas à Ramallah comme dans la vallée du Jourdain. Avec les diasporas et les Palestiniens d’Israël, elle estime qu’existent cinq, six ou sept statuts et pas seulement une séparation entre Gaza et la Cisjordanie.

(1) Partenaire technique du projet de ludothèque de Khan Younis.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s