Après l’agression contre Gaza, les jeunes des quartiers et la question palestinienne – Conférence-débat animée par Youssef Boussoumah

Youssef Boussoumah, militant politique et associatif, membre fondateur du Parti des Indigènes de la République, souligne l’enracinement de la cause palestinienne dans les quartiers, le changement de profil des participants aux manifestations, caractérisé par l’irruption d’une génération nouvelle, qui n’a cessé de grossir régulièrement, le plus souvent en liaison avec des événements comme l’agression de l’été 2014 contre Gaza.

En 2009, le rôle du religieux, des mosquées était important. L’été dernier, l’UOIF et les imams n’ont pas appelé à manifester. La nouveauté des manifestations de l’été 2014 est l’apparition d’une population plus jeune, se sentant française et utilisant même parfois le drapeau français, alors même que leur francité est contestée par certains.

L’appel à la première manifestation, le 13 juillet, n’avait été lancé que par un petit groupe de militants (PIR, Génération Palestine, NPA, UJFP), qui n’y croyait qu’à moitié. Cette manifestation a été autorisée sans difficulté par la Préfecture de police. Le nombre de manifestants a créé la surprise : il y a eu 15.000 manifestants alors que les organisateurs n’en attendaient que 2.000, probablement grâce à la mobilisation par les réseaux sociaux.

On regrette cependant les appels venant de milieux proches de l’extrême-droite (le groupe Gaza Firm de Mathias Gardet, proche d’Alain Soral) que les organisateurs ont finalement réussi à marginaliser en dehors des manifestations sauf quand la manif s’est retrouvée enfermée place de la République.

Youssef Boussoumah évoque les provocations de la Ligue de défense juive (LDJ). La LDJ avait annoncé ses attaques sur les réseaux sociaux. Son but était de créer des incidents à proximité d’une synagogue, pour pouvoir dire qu’une synagogue avait été attaquée.

Une première provocation a échoué place des Vosges, en déviant le parcours de la manifestation. La provocation a malheureusement fonctionné à la Bastille, alors qu’aucun manifestant ne savait qu’il y avait une synagogue rue de la Roquette.

La station de métro Bastille avait été fermée sous prétexte de sécurité mais en pratique pour rendre plus difficile la dispersion des manifestants. Un groupe de manifestants ayant été provoqué par la LDJ, celle ci protégée sur ses arrières par la police, a attaqué les manifestants en s’armant de débris de tables et chaises du restaurant La Cappadoce. Les manifestants ayant chargé une fois la LDJ, pour se dégager celle ci s’est repliée vers la Synagogue et de là a été inventée la fable de cette attaque. Une vidéo explicite étant disponible.

Il a été confirmé par la suite, tant par la police que par le responsable de la synagogue, que celle-ci a aucun moment n’a été visée de près ou de loin et donc n’a jamais été attaquée. Ni le rabbin de la synagogue, ni le CRIF d’ailleurs n’ayant porté plainte.

Le Premier Ministre a pourtant affirmé que la synagogue avait été attaquée. Cette fausse information a été reprise par l’AFP. Ce mensonge d’Etat a été utilisé par Manuel Valls pour interdire les manifestations ultérieures, en particulier la manifestation du 19 juillet à Barbés. Avec toutes les terribles conséquences que cela aura: destructions, arrestations, violences policières inouïes, condamnations très lourdes. Tout cela à cause de ce mensonge.

Lors de cette manifestation, 5.000 personnes ont été prises au piège, sans issues, ce qui était de nature à provoquer des incidents, qui ont donné lieu à un usage incroyable de violence policière.

Youssef Boussoumah revient également sur les incidents du 20 juillet à Sarcelles, en regrettant les actes antisémites qui ont eu lieu mais aussi en rappelant qu’une manifestation de la LDJ avait été autorisée alors qu’une manifestation de solidarité avec Gaza avait été interdite.

Youssef Boussoumah estime que, d’une manière générale, la jeunesse avait été exemplaire et avait fait preuve d’une grande maturité, d’une véritable implication citoyenne : il en tire un bilan extrêmement positif.

On a observé des manifestants d’une moyenne d’âge très jeune, moins politisés que les générations passées, aux motivations souvent humanitaires, qui se sont mobilisées pour Gaza comme ils auraient pu le faire pour le Népal, au sein d’un public très varié, d’une myriade d’associations, hors des cadres politiques traditionnels. Même si y prédominaient des jeunes des banlieues issus de l’immigration post coloniale

Youssef Boussoumah dénonce l’attitude scandaleuse de Manuel Valls, qui a insulté la jeunesse, en traitant les manifestants « d’ignorants » et en stigmatisant « un antisémitisme des banlieues ».

Le but de ces manœuvres était de faire peur, pour tenter de dissocier le « groupe des trois » (PIR, NPA et UJFP) des organisations « sérieuses », comme l’AFPS, sachant que la division décourage les manifestants, mais la division a été heureusement évitée.

Au cours du débat, il est noté qu’après l’affaire de la rue de la Roquette, les journalistes s’étaient excusés mais n’avaient pas en général rétabli la vérité : une seule exception est citée.

On demande si, face à l’accusation d’apparition d’un nouvel antisémitisme, les jeunes font la distinction entre juifs et sionistes.

Youssef Boussoumah estime que ce n’est évidemment pas le cas des rares « soraliens » présents mais que pour la plupart des jeunes, la distinction est faite entre juifs et sionistes, comme le montre la manière dont l’UJFP a été applaudie dans les manifestations, mais aussi l’absence de slogans ou d’écriteaux hostiles aux juifs. Surtout si on se remémore ce qui pouvait se voir au début des années 2000  dans les manifs propalestine ou contre la guerre en Irak. La situation était alors très difficile. Cela est dû à tout le maillage militant effectué par toutes ces associations Palestine depuis des années. Cela dit il déclare que dans la mesure où systématiquement le pouvoir et les milieux communautaires juifs eux-même établissent la parfaite confusion entre juifs et sionistes, rien d’étonnant à ce que pour ces jeunes l’exercice n’est pas toujours aisé.

Une adhérente indique qu’on peut cependant s’inquiéter du développement d’une perception de Valls comme « instrument de la juiverie internationale ».

Une autre adhérente souligne que les enfants sont plus réceptifs quand on part de leur propre situation. On peut regretter à ce sujet que l’histoire coloniale de la France, en particulier la guerre d’Algérie, ne soit pas traitée correctement par l’éducation nationale.

Youssef Boussoumah répond que oui le développement d’une perception de Valls comme « instrument de la juiverie internationale » est très inquiétant parce que ce discours, ces termes sont nouveaux mais que sans aller jusqu’à cette formulation qui lui semble le fait de milieux ultra minoritaires ou qui en tout cas ne paraissent pas tellement au grand jour, un certain nombre de manifestants propalestiniens considèrent que M. Valls est comme il l’a dit « indéfectiblement lié à Israël » et qu’une telle affirmation irresponsable d’un premier ministre est absolument catastrophique sur les relations intercommunautaires.

Au plan global ce n’est pas uniquement le déficit d’histoire de la colonisation dans les programmes scolaires qui est en cause mais c’est l’incroyable sentiment de double standard, le deux poids, deux mesures au quotidien qui scandalise les jeunes.

Bernard Ravenel considère que le renouvellement des manifestants est réconfortant pour l’AFPS mais estime que les graves incidents de Sarcelles posent une question délicate. Il demande qui a appelé à la manifestation. Il souligne la présence d’islamistes dont les slogans ne sont pas humanitaires et évoque la diffusion du « Protocole des sages de Sion ». Il attire l’attention sur les risques de dérive et estime qu’islamophobie et judéophobie se renforcent mutuellement. Il souligne que la mémoire européenne est très différente de la mémoire constituée dans le monde arabe et demande si les associations travaillent sur ce sujet.

Youssef Boussoumah estime qu’il faut distinguer entre les islamistes et que personnellement il n’a pas jamais vu cet ouvrage « les protocoles de Sages de Sion » comme livre de référence chez les manifestants. Sur les incidents de Sarcelles il dit que les débordements sont inadmissibles mais qu’apparemment ils ne sont pas dus au groupe qui a appelé à la manifestation malgré l’interdiction du gouvernement. Ils semblent avoir été le fait d’une explosion locale non préméditée, qu’ils ont comme base les provocations répétées de la LDJ, le fait que les forces de police aient laissé ce groupe ultra violent se positionner et venir provoquer les manifestants au lieu de départ du cortège près du RER et l’incompréhensible interdiction de manifester pour Gaza. Les condamnations très lourdes qui ont sanctionné ces violences viendront encore alimenter le sentiment de deux poids deux mesures puisque pour des faits quasi similaires survenus très souvent en ce que concerne des attaques de simples passants arabes ou propalestiniens, la LDJ n’a pratiquement jamais été sanctionnée.

Il déclare que là est aussi en cause la politique de concurrence communautaire mise en place par Dominique Strauss-Kahn et ses successeurs à Sarcelles mais aussi le gouvernement.

Youssef Boussoumah dit qu’il existe une judéophobie dans certains quartiers parce que L’Etat prend en otage la communauté juive organisée et par un traitement considéré comme meilleur la fait apparaître comme son alliée aux yeux des jeunes. A côté de ça, existe un discours réellement antisémite, relayé par des éléments de type salafistes ou soraliens mais qui en dépit de tout est ultra minoritaire. La preuve, l’été dernier ces milieux n’ont même pas réussi à s’organiser de façon très visible. Mis à part ce petit groupe Gaza Firm plutôt soralien que nous avons pu facilement marginaliser et écarter des manifestatios.

Il évoque l’exaspération créée par l’impunité des crimes policiers, en citant le cas d’Ali Ziri, tué dans un car de police en 2009 et les 200 à 300 homicides attribués à la police depuis 30 ans dont très peu ont trouvé un dénouement judiciaire acceptable. Il rappelle que nous sommes au dixième anniversaire des émeutes de 2005 que rien n’a changé depuis.

Il estime que la très grande majorité de la jeunesse n’est pas extrémiste même si un petit nombre bascule. Il considère la judéophobie comme le fruit d’un dépit et de la politique de concurrence communautaire orchestrée par l’Etat et souligne le travail extraordinaire de l’UJFP. Il exprime son inquiétude quant au rôle de l’Etat. Concernant le lien entre islamophobie et judéophobie, liens établis également par le regretté Ilan Halévi et plus récemment Emmanuel Todd, YB pense que c’est vrai si on considère qu’il s’agit d’une islamophobie d’Etat, de plus en plus institutionnelle et même de la gauche à laquelle répond un antisémitisme privé et réactionnel. Beaucoup de jeunes considérant que la communauté juive organisée est un vecteur d’islamophobie de par ses liens avec l’Etat, de par les déclarations très islamophobes passées et présentes de l’actuel président du CRIF et par les prises de positions très islamophobes d’un certain nombre d’intellectuels connotés comme juifs ou comme étant proches des milieux communautaire juifs et ou sionistes. Puisque le pouvoir et les milieux communautaires ultra sionistes établissent sans cesse la confusion entre ces deux termes.

Une adhérente ayant rappelé que des mouvements salafistes étaient très visibles dans les manifestations, prenant parfois la tête de cortèges, Youssef Boussoumah ne pense pas qu’ils sont aussi nombreux mais qu’ils sont d’autant plus visibles qu’ils contrastent avec la masse. Il conclut qu’un combat reste à mener mais que l’Etat doit cesser de jouer avec le feu et que la gauche doit absolument prendre ses responsabilités car sans établissement d’un véritable état de droit pour tous, et le sentiment de justice qui va avec, ce combat est voué à l’échec.

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