Après l’agression contre Gaza, les jeunes des quartiers et la question palestinienne – Conférence-débat animée par Youssef Boussoumah

Youssef Boussoumah, militant politique et associatif, membre fondateur du Parti des Indigènes de la République, souligne l’enracinement de la cause palestinienne dans les quartiers, le changement de profil des participants aux manifestations, caractérisé par l’irruption d’une génération nouvelle, qui n’a cessé de grossir régulièrement, le plus souvent en liaison avec des événements comme l’agression de l’été 2014 contre Gaza.

En 2009, le rôle du religieux, des mosquées était important. L’été dernier, l’UOIF et les imams n’ont pas appelé à manifester. La nouveauté des manifestations de l’été 2014 est l’apparition d’une population plus jeune, se sentant française et utilisant même parfois le drapeau français, alors même que leur francité est contestée par certains.

L’appel à la première manifestation, le 13 juillet, n’avait été lancé que par un petit groupe de militants (PIR, Génération Palestine, NPA, UJFP), qui n’y croyait qu’à moitié. Cette manifestation a été autorisée sans difficulté par la Préfecture de police. Le nombre de manifestants a créé la surprise : il y a eu 15.000 manifestants alors que les organisateurs n’en attendaient que 2.000, probablement grâce à la mobilisation par les réseaux sociaux.

On regrette cependant les appels venant de milieux proches de l’extrême-droite (le groupe Gaza Firm de Mathias Gardet, proche d’Alain Soral) que les organisateurs ont finalement réussi à marginaliser en dehors des manifestations sauf quand la manif s’est retrouvée enfermée place de la République.

Youssef Boussoumah évoque les provocations de la Ligue de défense juive (LDJ). La LDJ avait annoncé ses attaques sur les réseaux sociaux. Son but était de créer des incidents à proximité d’une synagogue, pour pouvoir dire qu’une synagogue avait été attaquée.

Une première provocation a échoué place des Vosges, en déviant le parcours de la manifestation. La provocation a malheureusement fonctionné à la Bastille, alors qu’aucun manifestant ne savait qu’il y avait une synagogue rue de la Roquette.

La station de métro Bastille avait été fermée sous prétexte de sécurité mais en pratique pour rendre plus difficile la dispersion des manifestants. Un groupe de manifestants ayant été provoqué par la LDJ, celle ci protégée sur ses arrières par la police, a attaqué les manifestants en s’armant de débris de tables et chaises du restaurant La Cappadoce. Les manifestants ayant chargé une fois la LDJ, pour se dégager celle ci s’est repliée vers la Synagogue et de là a été inventée la fable de cette attaque. Une vidéo explicite étant disponible.

Il a été confirmé par la suite, tant par la police que par le responsable de la synagogue, que celle-ci a aucun moment n’a été visée de près ou de loin et donc n’a jamais été attaquée. Ni le rabbin de la synagogue, ni le CRIF d’ailleurs n’ayant porté plainte.

Le Premier Ministre a pourtant affirmé que la synagogue avait été attaquée. Cette fausse information a été reprise par l’AFP. Ce mensonge d’Etat a été utilisé par Manuel Valls pour interdire les manifestations ultérieures, en particulier la manifestation du 19 juillet à Barbés. Avec toutes les terribles conséquences que cela aura: destructions, arrestations, violences policières inouïes, condamnations très lourdes. Tout cela à cause de ce mensonge.

Lors de cette manifestation, 5.000 personnes ont été prises au piège, sans issues, ce qui était de nature à provoquer des incidents, qui ont donné lieu à un usage incroyable de violence policière.

Youssef Boussoumah revient également sur les incidents du 20 juillet à Sarcelles, en regrettant les actes antisémites qui ont eu lieu mais aussi en rappelant qu’une manifestation de la LDJ avait été autorisée alors qu’une manifestation de solidarité avec Gaza avait été interdite.

Youssef Boussoumah estime que, d’une manière générale, la jeunesse avait été exemplaire et avait fait preuve d’une grande maturité, d’une véritable implication citoyenne : il en tire un bilan extrêmement positif.

On a observé des manifestants d’une moyenne d’âge très jeune, moins politisés que les générations passées, aux motivations souvent humanitaires, qui se sont mobilisées pour Gaza comme ils auraient pu le faire pour le Népal, au sein d’un public très varié, d’une myriade d’associations, hors des cadres politiques traditionnels. Même si y prédominaient des jeunes des banlieues issus de l’immigration post coloniale

Youssef Boussoumah dénonce l’attitude scandaleuse de Manuel Valls, qui a insulté la jeunesse, en traitant les manifestants « d’ignorants » et en stigmatisant « un antisémitisme des banlieues ».

Le but de ces manœuvres était de faire peur, pour tenter de dissocier le « groupe des trois » (PIR, NPA et UJFP) des organisations « sérieuses », comme l’AFPS, sachant que la division décourage les manifestants, mais la division a été heureusement évitée.

Au cours du débat, il est noté qu’après l’affaire de la rue de la Roquette, les journalistes s’étaient excusés mais n’avaient pas en général rétabli la vérité : une seule exception est citée.

On demande si, face à l’accusation d’apparition d’un nouvel antisémitisme, les jeunes font la distinction entre juifs et sionistes.

Youssef Boussoumah estime que ce n’est évidemment pas le cas des rares « soraliens » présents mais que pour la plupart des jeunes, la distinction est faite entre juifs et sionistes, comme le montre la manière dont l’UJFP a été applaudie dans les manifestations, mais aussi l’absence de slogans ou d’écriteaux hostiles aux juifs. Surtout si on se remémore ce qui pouvait se voir au début des années 2000  dans les manifs propalestine ou contre la guerre en Irak. La situation était alors très difficile. Cela est dû à tout le maillage militant effectué par toutes ces associations Palestine depuis des années. Cela dit il déclare que dans la mesure où systématiquement le pouvoir et les milieux communautaires juifs eux-même établissent la parfaite confusion entre juifs et sionistes, rien d’étonnant à ce que pour ces jeunes l’exercice n’est pas toujours aisé.

Une adhérente indique qu’on peut cependant s’inquiéter du développement d’une perception de Valls comme « instrument de la juiverie internationale ».

Une autre adhérente souligne que les enfants sont plus réceptifs quand on part de leur propre situation. On peut regretter à ce sujet que l’histoire coloniale de la France, en particulier la guerre d’Algérie, ne soit pas traitée correctement par l’éducation nationale.

Youssef Boussoumah répond que oui le développement d’une perception de Valls comme « instrument de la juiverie internationale » est très inquiétant parce que ce discours, ces termes sont nouveaux mais que sans aller jusqu’à cette formulation qui lui semble le fait de milieux ultra minoritaires ou qui en tout cas ne paraissent pas tellement au grand jour, un certain nombre de manifestants propalestiniens considèrent que M. Valls est comme il l’a dit « indéfectiblement lié à Israël » et qu’une telle affirmation irresponsable d’un premier ministre est absolument catastrophique sur les relations intercommunautaires.

Au plan global ce n’est pas uniquement le déficit d’histoire de la colonisation dans les programmes scolaires qui est en cause mais c’est l’incroyable sentiment de double standard, le deux poids, deux mesures au quotidien qui scandalise les jeunes.

Bernard Ravenel considère que le renouvellement des manifestants est réconfortant pour l’AFPS mais estime que les graves incidents de Sarcelles posent une question délicate. Il demande qui a appelé à la manifestation. Il souligne la présence d’islamistes dont les slogans ne sont pas humanitaires et évoque la diffusion du « Protocole des sages de Sion ». Il attire l’attention sur les risques de dérive et estime qu’islamophobie et judéophobie se renforcent mutuellement. Il souligne que la mémoire européenne est très différente de la mémoire constituée dans le monde arabe et demande si les associations travaillent sur ce sujet.

Youssef Boussoumah estime qu’il faut distinguer entre les islamistes et que personnellement il n’a pas jamais vu cet ouvrage « les protocoles de Sages de Sion » comme livre de référence chez les manifestants. Sur les incidents de Sarcelles il dit que les débordements sont inadmissibles mais qu’apparemment ils ne sont pas dus au groupe qui a appelé à la manifestation malgré l’interdiction du gouvernement. Ils semblent avoir été le fait d’une explosion locale non préméditée, qu’ils ont comme base les provocations répétées de la LDJ, le fait que les forces de police aient laissé ce groupe ultra violent se positionner et venir provoquer les manifestants au lieu de départ du cortège près du RER et l’incompréhensible interdiction de manifester pour Gaza. Les condamnations très lourdes qui ont sanctionné ces violences viendront encore alimenter le sentiment de deux poids deux mesures puisque pour des faits quasi similaires survenus très souvent en ce que concerne des attaques de simples passants arabes ou propalestiniens, la LDJ n’a pratiquement jamais été sanctionnée.

Il déclare que là est aussi en cause la politique de concurrence communautaire mise en place par Dominique Strauss-Kahn et ses successeurs à Sarcelles mais aussi le gouvernement.

Youssef Boussoumah dit qu’il existe une judéophobie dans certains quartiers parce que L’Etat prend en otage la communauté juive organisée et par un traitement considéré comme meilleur la fait apparaître comme son alliée aux yeux des jeunes. A côté de ça, existe un discours réellement antisémite, relayé par des éléments de type salafistes ou soraliens mais qui en dépit de tout est ultra minoritaire. La preuve, l’été dernier ces milieux n’ont même pas réussi à s’organiser de façon très visible. Mis à part ce petit groupe Gaza Firm plutôt soralien que nous avons pu facilement marginaliser et écarter des manifestatios.

Il évoque l’exaspération créée par l’impunité des crimes policiers, en citant le cas d’Ali Ziri, tué dans un car de police en 2009 et les 200 à 300 homicides attribués à la police depuis 30 ans dont très peu ont trouvé un dénouement judiciaire acceptable. Il rappelle que nous sommes au dixième anniversaire des émeutes de 2005 que rien n’a changé depuis.

Il estime que la très grande majorité de la jeunesse n’est pas extrémiste même si un petit nombre bascule. Il considère la judéophobie comme le fruit d’un dépit et de la politique de concurrence communautaire orchestrée par l’Etat et souligne le travail extraordinaire de l’UJFP. Il exprime son inquiétude quant au rôle de l’Etat. Concernant le lien entre islamophobie et judéophobie, liens établis également par le regretté Ilan Halévi et plus récemment Emmanuel Todd, YB pense que c’est vrai si on considère qu’il s’agit d’une islamophobie d’Etat, de plus en plus institutionnelle et même de la gauche à laquelle répond un antisémitisme privé et réactionnel. Beaucoup de jeunes considérant que la communauté juive organisée est un vecteur d’islamophobie de par ses liens avec l’Etat, de par les déclarations très islamophobes passées et présentes de l’actuel président du CRIF et par les prises de positions très islamophobes d’un certain nombre d’intellectuels connotés comme juifs ou comme étant proches des milieux communautaire juifs et ou sionistes. Puisque le pouvoir et les milieux communautaires ultra sionistes établissent sans cesse la confusion entre ces deux termes.

Une adhérente ayant rappelé que des mouvements salafistes étaient très visibles dans les manifestations, prenant parfois la tête de cortèges, Youssef Boussoumah ne pense pas qu’ils sont aussi nombreux mais qu’ils sont d’autant plus visibles qu’ils contrastent avec la masse. Il conclut qu’un combat reste à mener mais que l’Etat doit cesser de jouer avec le feu et que la gauche doit absolument prendre ses responsabilités car sans établissement d’un véritable état de droit pour tous, et le sentiment de justice qui va avec, ce combat est voué à l’échec.

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Conférence de Thomas Vescovi le 2 juin 2015

La Mémoire de la Nakba en Israël – Le regard de la société israélienne sur la tragédie palestinienne

Thomas Vescovi présente l’idée du livre. Il est généralement de bon ton de dire que les deux côtés veulent la paix. Or, une rapide analyse de terrain démontre le contraire. Il s’agit ici de s’interroger sur la communauté juive israélienne, et les raisons de sa radicalisation et de son incapacité à reconnaître ses responsabilités dans la tragédie palestinienne, et en premier lieu la Nakba. Le livre est la synthèse d’un mémoire de Master réalisé à l’Université Paris 8.

Thomas Vescovi présente la Nakba en quelques chiffres : 685 localités partiellement ou totalement dépeuplées, 70 cas de massacres de civils, occupation de 78 % du territoire de la Palestine, perte de 300.000 hectares de terres agricoles, de 73.000 logements et 8.700 boutiques, de cinq millions de livres, départ de 805.000 réfugiés.

Pour les Palestiniens, il s’agit bien d’une catastrophe. Le point de vue israélien est opposé : il s’agit de leur heure de gloire, la réalisation d’une utopie, avec le départ spontané des Palestiniens qui ne voulaient pas vivre avec les juifs et voulaient rejoindre les armées arabes pour poursuivre la guerre.

Le caractère sensible de la question est illustré par une loi interdisant toute commémoration de la Nakba adoptée par la Knesset en mars 2011.

La première partie du livre est historique, avec comme point de départ le passage de Napoléon Bonaparte en Palestine, en 1799, puis les premières implantations d’immigrés juifs. L’idée étant de temporaliser les relations entre Occident et habitants de la Palestine.

L’intervention se limite à l’après-1948, pendant une première phase de l’Etat d’Israël, jusqu’en 1970-1980, les Israéliens considèrent que « les Palestiniens n’existent pas ». Ils n’ont jamais existé pour Golda Meir (juin 1969). Les Israéliens ne nient évidemment pas l’existence des Arabes mais leur identité palestinienne.

Plusieurs évènements vont cependant modifier cette perception.

En septembre 1982, les massacres des camps de Sabra et Chatila font de 800 à 2.000 victimes. Une large diffusion de photos du massacre par la presse suscite une interrogation : « Qui sont ces réfugiés ? », ce qui donne lieu à un titre du Matzpen : « Les Israéliens découvrent que leurs indiens sont vivants ».

En 1987, avec la première Intifada, ils découvrent que les causes de la révolte sont la liberté et la démocratie, et non l’Islam, au même moment où la contestation surgit dans les pays de l’est européen. On observe alors les premières interviews de Palestiniens dans leurs villages, publiées dans Haaretz, et en 1992, la première étude sociologique sur les Palestiniens.

Après les premières interrogations sur la possibilité de la paix, « le mirage d’Oslo » est marqué par la poignée de mains entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin le 13 septembre 1993 à la Maison blanche.

Deux mouvements vont anéantir « l’esprit d’Oslo ». Après l’assassinat de Rabin, le 4 novembre 1995, et l’arrivée de la droite israélienne au pouvoir en 1996, Ariel Sharon appelle les colons à conquérir les collines de Cisjordanie et Netanyahou s’emploie à maintenir la tension. Les attentats-suicides du Hamas et du Djihad islamique y répondent.

En septembre 2000, la seconde Intifada est déclenchée par l’irruption d’Ariel Sharon avec 50 gardes armés sur l’Esplanade des mosquées. Au bout d’un mois, 200 Palestiniens sont tués. De nombreux Israéliens sont tués dans des attentats pendant les trois années qui suivent.

De 1987 à 1990, on avait assisté à la parution des premiers ouvrages des « nouveaux historiens israéliens », dont la promotion avait été assurée par le mouvement « La paix maintenant » et qui remettaient en cause la vision israélienne dominante des événements de 1948. La seconde Intifada marque à cet égard un net recul. Les critiques se déchaînent contre les « nouveaux historiens ». Certains de ces historiens rentrent dans le rang. Ilan Pappé, par exemple, est boycotté et choisit l’exil.

La deuxième partie du livre, intitulée « les sources du refoulement », recherche ce qui fait qu’un jeune Israélien ignore aujourd’hui la Nakba. Elle détaille les trois sources du refoulement.

La première source est le sionisme lui-même, dont les fondements idéologiques sont issus du contexte colonial de la fin du 19ème siècle : à défaut d’être vide d’habitants, la Palestine est considérée comme une terre sans propriétaire légitime. Malgré des visions contrastées de chroniqueurs qui constatent l’existence d’une société en voie de modernisation, loin de l’image d’une terre vide, avec le port de Jaffa, avec ses cinémas, son orchestre national, les Juifs qui s’installent en Palestine sont considérés comme « un peuple sans terre qui revient à une terre sans peuple ». Le sionisme se veut mouvement d’émancipation et la création d’un Etat est perçue comme condition de l’émancipation, voire d’un retour à un passé glorieux. On se met à la recherche des Juifs de Palestine et certaines images des premières implantations montrent des colons qui s’efforcent de ressembler aux paysans arabes. La résolution 194 de l’ONU est rejetée car le retour des réfugiés serait la fin du rêve sioniste.

La deuxième source du refoulement est la formation du soldat-citoyen.

Le système scolaire israélien est un système de ségrégation. Les enfants juifs et arabes ne vont pas dans les mêmes écoles. Les manuels présentent une vision mythique visant à renforcer la légitimité et la supériorité du sionisme. La société palestinienne est caricaturée dans les manuels comme une société traditionnelle, incapable de progrès. Les Palestiniens sont représentés dans les livres pour enfants comme des paysans arriérés ou des terroristes kamikazes. Selon une enquête publiée dans Haaretz, 50 % des adolescents juifs israéliens refusent l’idée d’avoir des amis arabes, 61 % considèrent le fait de sortir avec un(e) arabe comme une trahison.

Globalement, les jeunes juifs israéliens ne sont pas éduqués à être de bons citoyens mais de bons soldats.

La troisième source du refoulement est l’instrumentalisation politique de la mémoire. Un israélien sur trois est lié à la Shoah et « face à la Shoah, rien n’existe ». La spécificité de la Shoah exclut toute volonté d’universalisme. Il y a eu un changement d’attitude à l’égard des rescapés de la Shoah entre 1967 et 1973, avec l’immigration de nombreux juifs arabes et des Falashas. Il fallait faire comprendre la Shoah à ces nouveaux arrivants et on a eu recours pour cela aux rescapés, que l’on mettait auparavant de côté et que l’on utilisait que pour culpabiliser les occidentaux.

Thomas Vescovi souligne qu’Israël est aujourd’hui un pays en mutation. La vie à Tel Aviv se déroule dans une ambiance souvent festive, où le conflit est ignoré. Seulement 9 % des juifs israéliens considèrent que la paix avec les Palestiniens doit être une priorité, loin derrière le logement ou la sécurité.

Les 500.000 colons ont une influence majeure dans la vie politique. Jérusalem est considérée comme le cœur du pays et les colonies ne sont pas considérées comme telles.

La gauche sioniste (parti travailliste) s’est recomposée et s’est redéfinie comme « bloc sioniste ». Son représentant Isaac Herzog considère que Netanyahou isole le pays et lui reproche son incompétence sur la question du logement, non en critiquant la colonisation mais en regrettant des implantations très éloignées de Tel Aviv, alors qu’il faudrait favoriser des colonies plus proches, à Jérusalem et à Bethléem.

Depuis 2000-2001, progresse l’idée de reconnaître Israël comme Etat du peuple juif. Une vision ethnico-religieuse du conflit s’est répandue après le 11 septembre. La radicalisation se traduit par le refus de la paix, le refus de toute confiance aux partis qui affirment que la paix est possible, en privilégiant la seule sécurité.

Tel Aviv est aujourd’hui fragmentée en communautés juives (sépharades, ashkénazes, falashas) dont l’unité ne tient que par la peur.

La population de l’Etat d’Israël est de 8,3 millions d’habitants, dont 6,25 millions de juifs, dont 20 % se déclarent athées et 65 % disent ne pas être religieux. 50 % des enfants juifs sont scolarisés dans des écoles publiques laïques, environ 20 % dans des écoles « publiques » religieuses et 15 % dans des écoles privées orthodoxes.

Thomas Vescovi présente deux organisations opposées : Zochrot, qui vise à enseigner la Nakba aux juifs israéliens, et Im Tirtzu, organisation étudiante très active soutenant Naftali Bennett, dont l’objectif est de « reconstruire une société sioniste ». Im Tirtzu incrimine l’influence néfaste des réseaux sociaux, considère qu’enseigner la Nakba est le premier acte antisémite, et pratique la surveillance et la dénonciation des enseignants non conformistes, par exemple lors de tournées aux Etats-Unis auprès des donateurs.

Thomas Vescovi estime qu’Israël fait face au néo-libéralisme et à l’individualisme, qui sapent les valeurs collectives de l’Etat d’Israël. De nombreux jeunes évitent de faire l’armée ou le font sans motivation, mais sans vouloir pour autant la justice pour les Palestiniens, au sens où nous l’entendons.

Thomas Vescovi évoque l’ONG « Breaking the silence », qui regroupe d’anciens militaires souhaitant témoigner des abus commis contre les Palestiniens. Il explique la violence de la répression des manifestations pacifistes par la hantise d’un retour de la mémoire.

Au début du débat qui suit, un adhérent signale un reportage sur « L’enfer des enfants éthiopiens en Israël ». Thomas Vescovi indique que beaucoup de militants israéliens se sont recentrés sur la défense des Falashas et s’intéressent moins aux Palestiniens, considérant qu’il s’agit d’une cause sans fin.

Une adhérente estime que la Nakba est l’angle mort de la vie des Israéliens. La reconnaître conduirait à la constatation que « le monstre, c’est nous ».

Elle évoque la photo de premiers sionistes s’efforçant de ressembler à des arabes, significative du rejet de l’image du « juif diasporique », objet de haine et de honte.

Bernard Ravenel estime que la France a aussi sa responsabilité dans l’utilisation de l’histoire pour justifier une politique. Il oppose l’histoire des vainqueurs à la possibilité d’une histoire parallèle. Il estime qu’il n’y a pas de compréhension possible si les peuples ne connaissent pas l’histoire de l’autre : les Palestiniens doivent s’intéresser à l’histoire de la Shoah. L’idéal serait d’écrire l’histoire ensemble, d’écrire une histoire croisée nécessaire à la réconciliation, malgré la difficulté de la démarche pour deux populations qui se disputent une même terre. Il demande s’il y a eu des tentatives de croiser l’histoire.

Une adhérente évoque les polémiques dans les débats sur l’Algérie française mais elle estime que ce qui se passe en Israël est pire en termes de ségrégation, dépossession, expulsions, citant la phrase souvent prononcée : « Ils n’ont qu’à partir en Jordanie ».

A propos de l’angle mort, Thomas Vescovi évoque une rencontre avec de jeunes dirigeants du Hadash, partie prenante du mouvement des indignés israéliens. On parlait de manifestations unitaires, drapeaux israéliens mais rien sur la Palestine « comme s’il y avait un éléphant dans la pièce et qu’on lui tournait le dos ».

Il mentionne des rencontres à Paris avec de jeunes juifs sionistes en tournée de promotion, en contacts avec des juifs arabes, considérés comme ayant abandonné le judaïsme, alors qu’ils sont les plus proches des juifs orientaux originels.

Une adhérente souligne l’importance pour les jeunes Israéliens de ne pas se considérer comme des bourreaux mais comme des victimes.

Thomas Vescovi souligne l’intérêt de montrer que ce sont les Israéliens qui ne respectent pas les plans de partage et de présenter ce qu’était la Palestine avant la Nakba.

Il indique qu’il y a eu beaucoup d’initiatives d’histoires croisées ou d’archives communes mais qu’elles se sont arrêtées avec la deuxième Intifada.

Il rappelle que son projet de départ était une étude croisée de la perception de la Shoah par les Palestiniens et de la perception de la Nakba par les Israéliens mais qu’il en avait été dissuadé par sa directrice de recherches.

Il cite Franz Fanon, pour qui « la condition de maintien d’une colonie est le maintien d’une armée supérieure ».

Une adhérente souligne l’instrumentalisation des rescapés de la Shoah, pauvres et méprisés, qui n’ont pas reçu d’aide, mais qui sont utilisés politiquement.

On évoque l’influence sur les jeunes de l’ouverture par les réseaux sociaux, comme source d’informations alternatives.

On évoque la perception entretenue de l’Etat de Palestine comme un Etat islamiste et de la paix avec les Palestiniens comme une menace de destruction.

 

Interview de Thomas Vescovi par l’UJFP

 

Rassemblement mercredi 8 juillet – Gaza, un an après, où est la justice ? Que fait la communauté internationale ?

Il y a tout juste un an, une attaque israélienne de grande ampleur frappait la bande de Gaza assiégée. La troisième en 7 ans.

2 200 morts, 11 000 blessés, des centaines de milliers d’orphelins, de handicapés, de familles sans abris. Un territoire –tout petit, 360 km² pour 1 800 000 habitants- en ruines, les infrastructures indispensables détruites. Une situation sanitaire et humanitaire insoutenable.

51 jours de guerre israélienne intense contre la population de Gaza et la résistance qui ne cède pas. Le 21 août, le cessez-le-feu laisse espérer un léger allègement du blocus qui étrangle Gaza depuis 8 longues années. Et en octobre, la conférence des donateurs, au Caire, voit fleurir les promesses d’aide à la reconstruction.

Alors, Gaza reconstruite, les plaies pansées ? NON !

Les donateurs n’ont pratiquement rien donné, le blocus est hermétique, y compris au sud, où l’Egypte du général Sissi a fermé Rafah. La reconstruction n’est qu’un vague espoir tandis que les pêcheurs sont régulièrement visés par les tirs de la marine israélienne, comme les paysans le sont par les chars israéliens qui patrouillent à l’est. Alors que l’eau potable et les médicaments manquent, les Palestiniens de Gaza restent enfermés et leur économie est ruinée par le blocus et les destructions.

Aucun préalable à la levée du blocus de Gaza n’est acceptable. Exigeons la levée du blocus de Gaza, le rétablissement de la continuité territoriale palestinienne, et le retrait du Hamas de la liste des organisations terroristes.

Les déclarations du gouvernement israélien, sous fond de bombardements qui n’ont jamais cessé, laissent craindre une nouvelle offensive militaire. Il est urgent que les cris d’alarme des représentants des Nations unies à Gaza trouvent un écho auprès de nos gouvernements. Si une autre attaque criminelle venait à frapper Gaza, la responsabilité serait aussi celle de la « communauté internationale ».

Alors nous disons, ça suffit. Fin de l’impunité octroyée à Israël.

Levée immédiate du blocus illégal et inhumain de Gaza, sans condition, et liberté de circulation avec le reste de la Palestine.

Sanctions contre Israël jusqu’au respect du droit international !

Mercredi 8 juillet à 18h

Place de la République à Paris

Signataires membre de Collectif pour une Paix Juste et Durable entre Palestiniens et Israéliens

Agir Contre le Colonialisme Aujourd’hui (ACCA) – AFD International – Alternative Libertaire (AL) – Américains contre la guerre (AAW) – Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF) – Association des Tunisiens en France (ATF) – Association France Palestine Solidarité (AFPS) – Association Nationale des Elus Communistes et Républicains (ANECR) – Association pour la Taxation des Transactions financières et pour l’Action Citoyenne (ATTAC) – Association pour les Jumelages entre les camps de réfugiés Palestiniens et les villes Françaises (AJPF) – Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC) – Association Universitaire pour le Respect du Droit International en Palestine (AURDIP) – Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien (CCIPPP) – Cedetim / IPAM – Collectif des Musulmans de France (CMF) – Collectif Faty Koumba : Association des Libertés, Droits de l’Homme et non-violence – Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les Universités Palestiniennes (CICUP) – Collectif Judéo-Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP) – Collectif Paix Palestine Israël (CPPI Saint-Denis) – Comité de Vigilance pour une Paix Réelle au Proche-Orient (CVPR PO) – Comité Justice et Paix en Palestine et au Proche-Orient du 5e arrt (CJPP5) – Droit-Solidarité – Ensemble – Europe Ecologie les Verts (EELV) – Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR) – Fédération Syndicale Unitaire (FSU) – Forum Palestine Citoyenneté – Gauche Unitaire (GU) – Génération Palestine – La Courneuve-Palestine – le Mouvement de la Paix – les Femmes en noir – Ligue des Droits de l’Homme (LDH) – Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, section française de la Women’s International League for Peace and Freedom (WILPF) (LIFPL) – Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) – Mouvement Jeunes Communistes de France (MJCF) – Mouvement Politique d’Emancipation populaire (M’PEP) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Organisation de Femmes Egalité – Parti Communiste des Ouvriers de France (PCOF) – Parti Communiste Français (PCF) – Parti de Gauche (PG) – Participation et Spiritualité Musulmanes (PSM) – Socialistes pour la Paix – Sortir du colonialisme – Une Autre Voix Juive (UAVJ) – Union des Travailleurs Immigrés Tunisiens (UTIT) – Union Générale des Etudiants de Palestine (GUPS-France) – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Union Nationale des Étudiants de France (UNEF) – Union syndicale Solidaires